
Le jeune Fernand, 9 ans, peu après sa mésaventure en forêt.
Derrière cette photographie, sa mère, madame Anaïs Poulin Fréchette,
a écrit: « Fernand Fréchette à son arrivée à Saint-Athanase
après ses trois jours et nuits en forêt. »
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Fernand Fréchette
s’égare dans la forêt
(Texte intégral tiré d’un journal non identifié de l’époque.)
Le mois de juin 1925 ne devait pas passer inaperçu, et de fait, nous y avons passé quelques jours un émoi indescriptible. Un enfant de neuf ans s’égare dans la forêt.
Fernand, l’un des douze enfants de M. Benjamin Fréchette, partait vers huit heures pour aller en commission vers ses frères qui coupaient du bois de pulpe à un mille et demi du village. Après quelques hésitations, il finit par trouver ses frères et se hâta de retourner pour l’heure de la classe. Malheureusement, arrivé à la croisée des chemins du rang IV, le bambin ne se reconnut pas et tourna à droite au lieu de tourner à gauche.
Sans s’en douter, il allait après quelques arpents, s’enfoncer dans l’immense forêt, par de chemins de partage. Ne pouvant plus retrouver le chemin qu’il avait pris dans ce labyrinthe qu’est une forêt exploitée, il pousse de l’avant bien déterminé d’arriver quand même à la maison paternelle. Pendant trois jours, il chemina ainsi au petit bonheur, faisant peut-être cinquante milles de chemin. Sans se décourager, mettant sa confiance dans la Sainte-Vierge dont il récite le chapelet plusieurs fois.
À la maison, on s’inquiète de l’absence de Fernand une couple d’heures après son départ. Puis, Mme Fréchette, en l’absence de son mari, pressant un malheur, fait part de ses inquiétudes aux voisins qui se mettent immédiatement à fouiller les bois voisins. La funeste nouvelle se répand rapidement et tout le monde est dans l’émoi.
Pendant trois jours, l’escouade de chercheurs scrute la forêt et le nombre augmente de jours en jours pendant qu’à la chapelle et dans les maisons l’on prie le Sacré-Cœur et la Sainte-Vierge, l’on promet des prières, des messes pour retrouver l’enfant sain et sauf. Malgré la ferveur qui anime la prière, malgré les recherches des plus actives jeudi soir, l’on s’en revient encore bredouille. Cependant on espère toujours, le Sacré-Cœur fera ce que 150 hommes ne peuvent faire. Il bénira les recherches et les rendra fructueuses et le lendemain l’on repart dès l’aube bien décidés à suivre tous les chemins possibles et à marcher toute la journée s’il le faut sans revenir sur ses pas.
Vers 10 heures de la matinée, deux hommes arrivent au village en voiture avec un enfant. C’était Fernand qu’on ramenait à ses parents. La pauvre mère n’en pouvait croire ses yeux et des larmes de joie succédaient aux larmes de douleur. Aussitôt, l’on fit sonner la cloche pour avertir les plus rapprochés de rebrousser chemin puis M. Charles Duval s’empressa d’allumer le feu à son moulin. Pendant près de deux heures le sifflet ébranla les airs de son cri strident pour ramener les chercheurs éloignés. Plusieurs étaient déjà trop éloignés pour entendre mais la plupart revinrent plus tôt, ne sentant plus leur fatigue tant ils étaient ivre de joie de savoir par ce signal de condamné que le petit égaré était retrouvé.
Ce n’était pas un enfant mal en point, pas même épuisé que l’on retrouva à la maison entouré de sollicitude et des tendresses de la famille, mais un bambin souriant, bien portant, sans autre signe de son séjour dans la forêt que des déchirures à son habit et de nombreuses piqûres de mouches sur son visage et ses mains.
Il avait passé trois jours sans manger et n’avait pas ressenti la faim. Il avait fait trente, quarante, cinquante milles peut-être et n’était pas fatigué. Il avait couché une nuit sur une roche, une autre au pied d’une souche et la troisième dans un vieux campement de bûcherons et avait dormi sans avoir ni froid ni peur.
Il avait eu connaissance d’un orage électrique dans l’après-midi du premier jour, mais la pluie des jours suivants et de la nuit du deuxième jour ne l’avait pas atteint. Il avait passé sur des précipices où les chercheurs n’auraient pas voulu et n’auraient peut-être pas pu passé. Il avait traversé une partie infestée d’ours et n’en avait pas vus. Pas une seule pensée de découragement n’avait hanté son esprit.
Qui donc avait conduit ce petit enfant de neuf ans à travers ce dédale de partages et de chemins de chevreuils pour l’amener sain et sauf à la porte du moulin de la Cie Power à Lapointe où deux ouvriers MM. Côté et Tardif le veillèrent et l’amenèrent en tout hâte à la maison paternelle ? Qui ? Personne ne peut douter, ce n’est ni l’instinct, ni la force physique de l’enfant qui seuls ont vaincu ces difficultés. C’est la Sainte-Vierge et le Sacré-Cœur qui ont pris soin de lui. Sept fois, il a lui-même récité son chapelet. Et combien de prières ferventes sont montées vers le ciel en ces jours d’angoisse de la part de ses parents et de tous ceux qui avaient appris la triste nouvelle! Le Bon Dieu a voulu récompenser la charité de tous ceux qui ont cherché sans égard à la fatigue, la confiance de tous ceux qui ont prié sans se décourager.
Aussi, la reconnaissance n’a pas tardé à s’affirmer, quand le gros des chercheurs fut de retour au village. M. le curé Chénard les invita à se rendre à la chapelle pour remercier les bienfaiteurs célestes.
La semaine suivante, chaque matin fut chantée une messe d’Action de Grâces. M. et Mme Fréchette ont été vivement touchés de la sympathie que lui a montrée la population de Saint-Athanase et plusieurs de Saint-Éleuthère, malgré le temps si pressé des semences. À tous ils disent sincèrement merci, de même qu’à MM. Côté et Tardif, de Lapointe, qui ont eu la joie de ramener l’enfant.