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Ils ont bien faire rire les Athanasois(es) et les personnes de la région
au milieu et à la fin des années 1970. Vous reconnaissez sûrement
Rodrigue « Chocolat » Tremblay et Sonia « Chatouille » Côté,
qui ont demeuré plusieurs années à Saint-Athanase. Après leur départ,
ils se sont séparés et poursuivent leur éblouissante carrière en solo.

Moments magiques à Saint-Athanase
Par Sonia « Chatouille » Côté
Je salue avec respect les gens du village qui nous ont accueillis les bras ouverts dans ce coin de pays vert. Je dédie ce texte à tous les gens que j’ai connus de ce montagneux pays qui est le mien.
– Chatouille
Saint-Athanase, mot gravé dans la mémoire de mes vingt ans tel un
tatouage brodé sur le bord du cœur. Des visages, des yeux, des mains, des
sourires me font bondir au sommet des montagnes vertes. Haute est la route pour
arriver au village, on croit monter tout droit au ciel.
Je touche les aurores boréales de ma main, je m’étends sur
l’herbe fraîche pour contempler les faisceaux lumineux qui dansent et qui
traversent la nuit. J’entends dans mon âme le chant des grillons. Au loin, je
crois apercevoir les chevreuils et les orignaux qui sont en train de boire dans
l’étang, près de notre maison.
Sur la route, le soleil, gros comme un ballon rouge, caresse
le flanc des montagnes. On se croirait au Japon. Je descends vers le Rang Huit.
Les images se bousculent dans ma tête comme les saisons. Les
souvenirs bien placés dans la commode ouvrent les tiroirs des émotions. Je
savoure tantôt le lait chaud des vaches de madame Levasseur tantôt le «
St-Georges » de chez Noëlla. Elle m’invite à son dépanneur et parfois au salon.
Je me sens privilégiée. Je continue mon chemin en regardant le vaste horizon,
j’arrive enfin chez moi.
Dans la cuisine, je hume l’odeur des champs de fraises et de
framboises devenus sur le comptoir de la cuisine, un banquet rose et mauve.
J’entends le chant des oiseaux et le croassement des
corneilles se mêler aux accords d’une guitare et au violon de monsieur Royer qui
joue un air en frappant son archet sur les quatre coins de son instrument.
Que de voisinage et de chaleureuses soirées passées dans les
maisons sans ordinateur ! C’était pour nous, Chatouille et Chocolat, une manière
de connaître les gens du village, une manière de faire fondre la barrière qui
pouvait exister entre les habitants et « les étrangers venus de Montréal ».
En congé et pour égayer nos sorties, on va chez les voisins.
Allons visiter les familles !
Quand Chocolat et moi décidons de sortir dans le rang, on
revêt nos plus beaux habits trouvés dans les friperies et on fait nos valises
comme si on partait en voyage.
Arrivés chez les voisins, on déballe les accessoires comiques
et les instruments de musique. Dans le salon, l’atmosphère grimpe sur des tisons
ardents.
On improvise tard dans la nuit. Les hôtes nous offrent leurs
chansons comme des hors-d’œuvre pour l’occasion. La danse du diable frétille
dans les pieds des invités. Ça ne dérougit pas de la veillée, on est dans le
Rang Huit de Satanthanase !
Revenus chez nous, on défait nos valises remplies de trésors.
On découvre des pots de confitures, du ketchup aux fruits, de la gelée de pommes
et des légumes du jardin. Tout ça pour nous remercier et nous faire plaisir.
J’entends encore l’écho de leurs rires qui résonne sur la pendule du temps.
Dans la mémoire de l’hiver se dessinent les couchers de
soleil mauves, bleus et roses qui miroitent sur les branches givrées des arbres.
Que de plaisirs et de grincements de dents à monter en
camionnette, la côte glacée du Rang Huit. Avec des pneus à crampons, des
semelles à crampons, des gants à crampons, des poches de sable à crampons, je me
donne un élan et je parviens au sommet de la côte. Le chien aboie et moi aussi.
À l’inverse des choses, que de plaisirs à glisser dans la
côte ! Quels plaisirs à enfiler les skis de plastique de deux pieds de long et
descendre cette pente glacée à toute allure et sans bâtons ! Le chien aboie et
moi, je crie de joie.
J’entends le rythme de mes pas sur la neige du rang tout
blanc. La poudrerie me rend vieille pour un instant et mes joues sont couleur de
sang. En marchant sur la route, je pense à mes ancêtres. Je respire la
profondeur des champs et je salue haut la hardiesse des pionniers qui ont
défriché les terres.
C’est à Saint-Athanase que j’ai appris à me
servir d’une hache, à couper du bois et à sortir des billots de la forêt avec un
crochet. Mon travail est léger auprès des deux inséparables frères : Lévite,
l’homme fort au regard d’enfant, et Arthey, le séducteur de ses dames.
Un jour, notre camionnette est restée prise dans la glace.
Lévite, qui passait par là, s’est avancé vers nous et d’un seul coup a pris
l’avant du véhicule dans ses mains. Il nous a soulevés dans les airs. Il venait
de déplacer la camionnette de deux pieds dans la neige ! Chocolat et moi étions
sidérés. Lévite, en riant, nous a envoyé la main comme s’il venait de soulever
sa tasse de café. Il portait bien son nom, une vraie nature, comme les gens
d’ici. J’ai connu le bonheur dans ce village et j’ai embrassé des personnages
colorés, des personnes rares, dignes et fières, des êtres courageux, des êtres
chers.
Le village de Saint-Athanase est petit, mais
l’horizon est grand. Les gens qui y vivent ressemblent au paysage.
Pour m'écrire un petit mot ou pour me donner des nouvelles
: sonia@lascenefolie.com
Sonia « Chatouille » Côté
Texte pour Gilles Deschênes, fait à
Montréal, le 27 septembre 2007.
